Articles et commentaires

Bienvenue dans la section Commentaires et analyses du Forum Lacan, un espace dédié à l’examen approfondi et à la réflexion critique sur les écrits contemporains et historiques en psychanalyse, avec un accent particulier sur les œuvres de Jacques Lacan.

  • Lacan et le Grand Siècle : une passion structurale (Alexandre Bleus)

    Méditons à présent sur cette énigme singulière qui traversa l’esprit de notre siècle : comment Lacan, cet homme dont la parole tranchante réduisait ses disciples au silence, put-il vouer une passion si constante au Grand Siècle français ? Il appert que cette inclination n’était point l’effet du hasard ni le fruit d’une érudition vaine, mais procédait d’une affinité profonde entre sa conception du symbolique et cette architecture linguistique que le dix-septième siècle avait érigée en système. Dans ces temps où la langue française atteignit une précision que les âges suivants n’ont cessé d’affaiblir, Lacan découvrit ce qui correspondait exactement à sa vision de l’inconscient structuré comme un langage. Les écrivains classiques, sans en avoir la moindre conscience, pratiquaient déjà cette chirurgie du signifiant que le psychanalyste allait théoriser trois siècles plus tard, comme si le temps lui-même avait préparé les instruments de sa propre dissection.

  • Du déclin de la psychanalyse : considérations sur une discipline abandonnée (par Alexandre Bleus)

    Méditons donc aujourd’hui, à la vue de ce paysage intellectuel transformé et de cette discipline que l’on croyait immortelle désormais gisante, la première et la dernière parole que nous pourrions prononcer sur la psychanalyse : l’une qui témoigne de son déclin apparent, l’autre qui pourrait établir ce qu’elle nous révèle encore de nous-mêmes. Que cet abandon nous convainque peut-être moins de la faillite d’une méthode que de la transformation radicale de notre rapport à l’âme humaine, pourvu que cette indifférence même, cette méfiance qui s’est installée à l’endroit des concepts d’inconscient, de refoulement, de transfert, nous apprenne en même temps quelque chose sur notre époque. La psychanalyse que nous pleurons sera un témoin fidèle de l’un et de l’autre. Voyons ce qu’une mutation culturelle soudaine lui a ravi ; voyons ce qu’elle nous avait donné lorsqu’elle régnait encore sur les territoires de la pensée occidentale. Ainsi nous apprendrons à comprendre ce que notre temps a quitté sans peine, afin d’attacher notre attention à ce que cette discipline avait embrassé avec tant d’ardeur, lorsque son projet d’exploration de l’intériorité humaine, épuré de toutes les certitudes de la science classique et plein de cette obscurité où il touchait, a vu la lumière toute manifeste de la subjectivité divisée.

  • Entre fin du monde et vérité du sujet (par Alexandre Bleus)

    La fin du monde s’impose à nos esprits contemporains avec une insistance qui ne saurait être ignorée par la psychanalyse. Cette question, qui pourrait sembler relever d’abord de la cosmologie, de la théologie ou de l’écologie, pénètre en vérité les couches les plus profondes de notre psychisme et réclame une attention particulière de la part de ceux qui s’intéressent aux formations de l’inconscient. Peut-être cette préoccupation apocalyptique n’est-elle pas tant le reflet d’une réalité extérieure menaçante que la projection sur l’écran du monde d’angoisses archaïques qui trouvent là un support où se déployer ! Toujours est-il que, lorsque le sujet évoque spontanément la fin des temps durant la cure analytique, quelque chose de son rapport à la mort, à la castration, à l’effondrement narcissique se manifeste sous un déguisement collectif qui mérite d’être décrypté. L’analyste qui entend ces récits catastrophistes doit se garder de les prendre au pied de la lettre, comme s’il s’agissait simplement d’une inquiétude raisonnable face aux périls écologiques ou nucléaires, car derrière ces scénarios de destruction universelle se cache souvent une économie psychique singulière, une organisation fantasmatique qui utilise la fin du monde comme signifiant privilégié pour dire quelque chose d’infiniment plus personnel.

  • La pensée lacanienne en 2025 : effacement institutionnel et survivances conceptuelles (par Alexandre Bleus)

    Méditons donc aujourd’hui, à la vue de ce paysage intellectuel dévasté et de ces institutions défaillantes, sur la première et la dernière parole que nous adresse l’état présent de la pensée lacanienne dans notre univers européen : l’une qui montre l’effacement apparent d’un héritage, l’autre qui établit sa persistance souterraine. Que cet effacement nous convainque de la fragilité des traditions intellectuelles, pourvu que cette persistance, où l’on observe tous les jours dans les marges de notre champ disciplinaire des résurgences conceptuelles d’un si grand prix, nous apprenne en même temps la vitalité profonde de certaines interrogations fondamentales. L’héritage que nous contemplons sera un témoin fidèle de l’un et de l’autre. Voyons ce que l’oubli programmatique lui a ravi ; voyons ce que la transmission clandestine lui a conservé. Ainsi nous apprendrons à comprendre ce que notre époque a abandonné sans réflexion suffisante, afin d’attacher toute notre attention à ce qui persiste malgré l’hostilité institutionnelle, lorsque notre pensée, épurée de toutes les certitudes méthodologiques de notre temps et pleine des questions où elle touche encore à l’essentiel, aperçoit la structure du sujet toute manifeste. Voilà les vérités que j’ai à traiter, et que j’ai crues dignes d’être proposées à ceux qui s’interrogent encore sur la place de la psychanalyse dans notre modernité tardive, et à la plus illustre assemblée de praticiens et de chercheurs qui demeurent attentifs aux impasses de notre époque.

  • Du langage structuré selon la logique borroméenne et de ses implications pour la théorie psychanalytique (par Alexandre Bleus)

    Méditons donc en ce jour la question de ce nœud singulier que l’on nomme borroméen, et par lequel le docteur Lacan a voulu représenter l’économie de l’âme humaine dans ses rapports au langage. Que cette figure géométrique nous convainque de la complexité de notre entendement, pourvu que l’étude de ses propriétés nous apprenne en même temps la rigueur nécessaire à toute entreprise de connaissance. Les trois registres que nous nommons Réel, Imaginaire et Symbolique seront les témoins fidèles de l’architecture secrète qui préside à nos paroles. Voyons ce que cette topologie révèle de la structure du langage ; voyons ce qu’elle nous enseigne touchant la nature de l’inconscient. Ainsi nous apprendrons à discerner les lois qui gouvernent notre discours, afin d’attacher notre attention à ce que cette configuration nous manifeste lorsque l’esprit, dégagé des préjugés de la représentation classique et tourné vers les vérités de la structure, aperçoit la lumière d’une intelligibilité nouvelle. Voilà les matières que j’ai à traiter, et que j’ai crues dignes d’être proposées à ceux qui s’intéressent aux fondements de la psychanalyse et aux mystères du sujet parlant.

  • De la métaphore à l’écriture : le nœud borroméen et l’être de langage (par Alexandre Bleus)

    Peut-être la question de l’être de langage dans sa relation au nœud borroméen nous impose-t-elle de repenser entièrement nos conceptions traditionnelles de ce qui fait qu’un sujet advient dans et par la parole. Toujours est-il que, lorsque Jacques Lacan introduit cette formalisation topologique dans les dernières années de son enseignement, nous assistons à une transformation radicale de l’appareillage conceptuel psychanalytique. Le nœud borroméen, dans sa simplicité mathématique apparente, trois anneaux entrelacés de telle sorte que la rupture de l’un libère immédiatement les deux autres, révèle une complexité structurelle qui dépasse largement le cadre d’une simple analogie ou d’un instrument métaphorique appliqué à l’économie psychique. L’être de langage, cet être particulier qui émerge dès lors qu’un organisme vivant se trouve pris dans les rets du symbolique, présente cette caractéristique fondamentale de ne pouvoir se constituer qu’à travers l’articulation de trois registres distincts mais indissociables. Le réel de sa jouissance, l’imaginaire de ses identifications et le symbolique de sa dette signifiante s’entrelacent selon une logique qui n’obéit plus aux principes de la logique classique mais à une topologie particulière où les rapports de contiguïté, d’inclusion et d’exclusion se trouvent redéfinis. Cette transformation nous conduit à interroger la nature même de ce que nous entendons par métaphore lorsque nous l’appliquons à des structures aussi fondamentales que celles qui régissent l’émergence du sujet.

  • Des entrelacs géométriques et de leur correspondance avec l’art de guérir les âmes (par Alexandre Bleus)

    Mes chers lecteurs, Contemplons aujourd’hui cette singulière correspondance qui s’établit entre les mystères de la géométrie borroméenne et les arcanes de l’âme humaine lorsqu’elle se découvre sous le regard de l’analyste. Il appert que cette rencontre entre les mathématiques les plus abstraites et l’expérience la plus intime de notre être ne procède point du hasard,…

  • Sur la fragilité des liens qui nous tiennent au monde (par Alexandre Bleus)

    Il appert que la contemplation d’une structure théorique, lorsqu’elle se déploie dans toute sa rigueur, possède le pouvoir singulier de faire voir non seulement ce qu’elle explique, mais aussi ce qu’elle dévoile malgré elle. Dans le cadre d’une méditation sur la forme et la fonction du nouage borroméen, je pense que l’esprit se trouve contraint de mesurer à quel point une figure apparemment abstraite peut devenir le miroir discret de l’expérience humaine la plus intime. Que cette triple liaison de cercles, que rien d’autre qu’un certain entrelacement ne tient ensemble, vienne à se rompre, et aussitôt les registres qui composaient notre cohérence se dispersent, comme des feuilles d’hiver arrachées à la branche. D’une part, cette image nous enseigne la fragilité de ce qui nous lie au monde, d’autre part elle nous invite à chercher dans les détours de l’invention humaine les moyens de réparer ce qui n’est plus.

  • Fragments d’un moi dispersé : mutations de l’économie libidinale (par Alexandre Bleus)

    Il est bien évident que notre temps exige que l’on songe la dissolution du sujet non plus comme un éparpillement accidentel, mais comme une opération structurelle profondément ancrée dans l’économie libidinale contemporaine. Notre époque moderne, saturée d’images et d’objets de jouissance, se présente souvent comme une scène où le moi s’effrite, se démultiplie, se trouve livré à des forces contradictoires qui le font vaciller dans ses fondements mêmes.