Lacan et le Grand Siècle : une passion structurale (Alexandre Bleus)
Méditons à présent sur cette énigme singulière qui traversa l’esprit de notre siècle : comment Lacan, cet homme dont la parole tranchante réduisait ses disciples au silence, put-il vouer une passion si constante au Grand Siècle français ? Il appert que cette inclination n’était point l’effet du hasard ni le fruit d’une érudition vaine, mais procédait d’une affinité profonde entre sa conception du symbolique et cette architecture linguistique que le dix-septième siècle avait érigée en système. Dans ces temps où la langue française atteignit une précision que les âges suivants n’ont cessé d’affaiblir, Lacan découvrit ce qui correspondait exactement à sa vision de l’inconscient structuré comme un langage. Les écrivains classiques, sans en avoir la moindre conscience, pratiquaient déjà cette chirurgie du signifiant que le psychanalyste allait théoriser trois siècles plus tard, comme si le temps lui-même avait préparé les instruments de sa propre dissection.