Méditons donc aujourd’hui, à la vue de ce paysage intellectuel transformé et de cette discipline que l’on croyait immortelle désormais gisante, la première et la dernière parole que nous pourrions prononcer sur la psychanalyse : l’une qui témoigne de son déclin apparent, l’autre qui pourrait établir ce qu’elle nous révèle encore de nous-mêmes. Que cet abandon nous convainque peut-être moins de la faillite d’une méthode que de la transformation radicale de notre rapport à l’âme humaine, pourvu que cette indifférence même, cette méfiance qui s’est installée à l’endroit des concepts d’inconscient, de refoulement, de transfert, nous apprenne en même temps quelque chose sur notre époque. La psychanalyse que nous pleurons sera un témoin fidèle de l’un et de l’autre. Voyons ce qu’une mutation culturelle soudaine lui a ravi ; voyons ce qu’elle nous avait donné lorsqu’elle régnait encore sur les territoires de la pensée occidentale. Ainsi nous apprendrons à comprendre ce que notre temps a quitté sans peine, afin d’attacher notre attention à ce que cette discipline avait embrassé avec tant d’ardeur, lorsque son projet d’exploration de l’intériorité humaine, épuré de toutes les certitudes de la science classique et plein de cette obscurité où il touchait, a vu la lumière toute manifeste de la subjectivité divisée.