La pensée lacanienne en 2025 : effacement institutionnel et survivances conceptuelles (par Alexandre Bleus)
Méditons donc aujourd’hui, à la vue de ce paysage intellectuel dévasté et de ces institutions défaillantes, sur la première et la dernière parole que nous adresse l’état présent de la pensée lacanienne dans notre univers européen : l’une qui montre l’effacement apparent d’un héritage, l’autre qui établit sa persistance souterraine. Que cet effacement nous convainque de la fragilité des traditions intellectuelles, pourvu que cette persistance, où l’on observe tous les jours dans les marges de notre champ disciplinaire des résurgences conceptuelles d’un si grand prix, nous apprenne en même temps la vitalité profonde de certaines interrogations fondamentales. L’héritage que nous contemplons sera un témoin fidèle de l’un et de l’autre. Voyons ce que l’oubli programmatique lui a ravi ; voyons ce que la transmission clandestine lui a conservé. Ainsi nous apprendrons à comprendre ce que notre époque a abandonné sans réflexion suffisante, afin d’attacher toute notre attention à ce qui persiste malgré l’hostilité institutionnelle, lorsque notre pensée, épurée de toutes les certitudes méthodologiques de notre temps et pleine des questions où elle touche encore à l’essentiel, aperçoit la structure du sujet toute manifeste. Voilà les vérités que j’ai à traiter, et que j’ai crues dignes d’être proposées à ceux qui s’interrogent encore sur la place de la psychanalyse dans notre modernité tardive, et à la plus illustre assemblée de praticiens et de chercheurs qui demeurent attentifs aux impasses de notre époque.